Miss Tindomerel

Pour déblatérer sur les chroniques d'une bulle...
 
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 14 juillet

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MessageSujet: 14 juillet   Sam 14 Juil - 22:33

Comme il n'y a aucune histoire, je glisse la mienne pour voir ^^ Je l'ai écrite ce soir, sur un coup de tête en voyant cette section vide. Charlotte, tu connais trèèès bien le contexte Razz Pour la date, ce n'est pas parce qu'on est le 14 juillet contrairement à ce que ça peut laisser penser, en réalité l'évènement décris ici est déjà dans le tome 3 ( qu'il faut que je t'imprime je sais Mad ) donc depuis deux ans, et c'est donc une coincidence ^^ Je respecte la chronologie d'Apostasie Smile Pour les autres que Charlotte, ça n'est pas très compliqué à comprendre, j'ai essayé de ne pas rentrer dans les détails !


14 juillet


Je marche tranquillement dans une rue dont je ne connais pas le nom. Je suis arrivé Gare de l’Est et pris le métro directement. Je n’ai avec moi que mon sac à dos, une bouteille d’eau, un sandwich au saumon que je n’ai pas mangé dans le train et quelques vêtements. Mes yeux me piquent, je suis exténué. Le voyage n’a pourtant pris que cinq heures, départ de Prague, jusqu’à Munich, puis Strasbourg et enfin Paris. Bénis soient les trains à grande vitesse ! Justement je vois une affiche pour le TGV dans un arrêt de bus où n’attendent qu’un groupe de jeunes adolescents. Le ciel est d’un blanc laiteux, laissant parfois entrevoir un éclat de ciel bleu. L’air est doux, sec, et je ne le regrette pas ! Prague était sous le déluge à mon départ.
La rue est remplie de gens aux allures diverses. La fatigue me fait marcher par automatisme, je ne suis même pas sûr de prendre le bon chemin, alors je me contente d’observer les personnes autour de moi. Je regarde cette dame à robe bleu se dépêtrer avec son minuscule sac à main, les cheveux attachés en queue de cheval et le visage visiblement agacé. Je jette un autre regard à un gros monsieur en veste beige et moustache poivre et sel. Il fume des cigarettes sans filtre et j’entrevois ses dents jaunâtres. Il surprend mon regard et me salue de la tête avec un sourire sympathique, que je lui rend. Un grand noir me bouscule et cours vers l’arrêt de bus que je viens de passer. Je me retourne et le vois courir après le bus qui ne s’arrête pas et se glisse dans la circulation. Le grand homme, dépité, le maudit et dégaine un téléphone portable. Mais déjà il disparaît dans la foule et je poursuis ma route.
Arrive un passage piéton, je reprend un peu mes esprits et tente de me repérer. Je ne connais pas du tout la ville, ni personne y habitant. J’ai choisi Paris presque au hasard, je voulais partir, loin, à l’Ouest. Mes chaussures à grosses semelles sont lourdes au bout de mes jambes et me torturent les pieds. Je décide de me trouver un endroit où me reposer. Le brouhaha de la foule et de la circulation me berce, bien qu’assourdissant, et je me laisse gagner par la fatigue déjà présente. Il faut que je me pose.
Je suis tellement désorienté que je peine à ne pas percuter la jeune femme et son berceau à deux places. Mes plates excuses, elle s’en moque, et sans un regard elle poursuit son chemin. J'examine cette foule, cette foule pressée et surtout, insouciante. Devant cette impression de routine imperturbable je fronce les sourcils. Plus je les regarde et plus je me demande s’ils sont vraiment au courant de ce qui m’a poussé à fuir. Alors que ma tête bourdonne encore de ces poussées d’adrénaline, ces heures d’angoisses et ces journaux télévisés faussement rassurants… Bien sûr qu’ils savent, me dis-je, personne ne l’ignore sur cette planète. Pourtant aucun d’entre eux ne semble inquiété. Evidemment, tout se passe loin, si loin de la Région Française. Ici c’était encore calme et serein. Je réalise que c’est exactement cela que je recherchais en prenant le premier train disponible, mais constate à présent que ce sentiment d’ignorance ou d’abnégation me terrifie et me révulse à la fois.
Comme je passe devant un kiosque à journaux je décide d’y jeter un coup d’œil, pour voir. L’European Tribune me coûte deux euros cinquante. En première page, des nouvelles de l’invasion asiatique refoulée aux USA, et de la poussée océanienne en Asie. Et l’Europe ? La situation était-elle devenue si alarmante que les Etats Unis d’Europe se décidâtent à s’enfoncer la tête dans le sable ? La pression russe nous écrase, le front se rapproche, encore et toujours. A Prague la population a peur, très peur, on se prépare, on se barricade, on fuit. Les émeutes défédératistes ne surviennent plus. Ces gens qui hurlaient leur envie de voir l’Europe se défédérer n’ont désormais plus d’autre énergie que celle de faire ses valises. Je n’ose pas feuilleter le journal, finalement. Je ne veux pas savoir, je ne veux plus savoir, ma peur qui m’enserre les tripes depuis des mois me donne tellement la nausée que je crois vomir dès que j’entrevois l’image d’un char dans les rues européennes. Je voudrai tellement oublier, alors je fuis, là où la guerre n’est pas venue – pas encore. Il faudrait aux Russes bien un mois avant de traverser la Région Polonaise et prendre Berlin. Pendant ce temps ils descendraient depuis Hambourg occupée, jusqu’à la Ruhr, puis la Région Néerlandaise maintenant que la Région Anglaise était presque prise. Puis la Région Belge, le Rhin… Il faudrait alors quitter Paris, rejoindre Madrid ou Milan. L’Union Africaine y a vaincu nos ennemis… Je réalise alors que j’ai pris ma décision trop rapidement, j’aurai du fuir dans le Sud. Mon stress et ma lassitude alimentent ma rage soudaine contre moi-même et je peste anonymement au milieu de la foule sourde et aveugle.
Je marche encore, dépassé par mes pensées et les évènements. Mon cerveau tente de se persuader que je suis à l’abri, que c’est fini maintenant. Mais mes entrailles ne se laissent pas bercer d’illusions. La guerre est mondiale, il n’y a plus aucun endroit pour y échapper. C’est fini, plus de lieu sûr. Partout les armes, les uniformes, les ruines et le feu. Plus d’échappatoire ! S’il je me réfugiai à Madrid, qui me disait que la Coalition Saharienne ne profiterait pas de l’extrême faiblesse de l’Europe pour l’achever ? Je secoue ma tête torturée par la migraine. Ce climat de terreur et de méfiance gangrène les grandes nations et le doute subsiste quoi qu’il arrive. Je marche encore, comme pour fuir ces pensées morbides, mais une voix me hurle dessus : Tu es perdu ! Tu es perdu ! Où que tu ailles, où que tu te caches, la Mort arrive !
Les enfants, les femmes, les hommes et les vieillards qui m’entourent, me cernent et m’oppressent dans cette rude bondée, me tirent les larmes des yeux. Mon désespoir s’ouvre comme un gouffre béant et dont je n’aperçois du fond qu’un abîme insondable. Je lève les yeux au ciel, scrute les nuages blancs et doux, comme à la recherche d’un signe. Il est quatorze heures quinze.
Je ne comprend pas pourquoi mes yeux semblent êtres arrachées de mes orbites par une lumière si aveuglante que mes paupières clauses ne parviennent pas à en protéger mes rétines. Cette lumière crue m’englobe et tout disparaît autour de moi. Et soudain, un son terrible, comme le fracas du tonnerre tout droit sorti de l’Apocalypse, mes tympans se déchirent sur le coup et le sang jaillit de mes oreilles. Le sol tremble alors si violemment que mes jambes se brisent et alors que la lueur s’estompe je vois les milliards d’éclats de verres projetés des fenêtre fracassées. Cela a duré une seconde.
Un grondement se rapproche à la vitesse d’un éclair et soudain une terrible onde de choc fracasse les murs des immeubles, les voitures se tassent et leur peinture semble s’évaporer. Les lampadaires sont renversés, les arbres sont secoués comme par des Titans et les feuillages sont arrachés. Une cabine téléphonique se compacte comme une canette vide. Les gens autour de moi sont violemment plaqués au sol ou contre les murs, mais le fracas recouvre les craquements de leurs os broyés. Les pierres de façades, les tuiles et les poubelles s’envolent comme du polystyrène et semblent s’évaporer dans l’air. Le béton de la route craque comme du petit bois, les bouches d’incendies explosent et des murs s’écroulent. Mes vêtements sont déchirés et je sens le sang couler de mon nez. Cela a duré une seconde.
L’onde de choc a fissuré les fondations et les murs des bâtiments qui tremblent et s’effritent, mais aussitôt une seconde vague approche. J’ai durant une fraction de seconde la vision des deux cents mètres devant moi, les personnes enflammées comme des vêtus de paille et aussitôt consumés. Un mur de flammes titanesque qui dépasse les toits les plus hauts s’avance à toute allure droit vers moi. Je n’ai pas vu la ville terrassée par une rouleau de flammes et de gravas, ni le Panthéon s’effondrer comme du plâtre, ni la Tour Eiffel se désintégrer comme des milliards d’allumettes de métal soufflées par un ouragan. Rien. Je n’ai pas eu le temps de penser à quoi que ce soit. Rien. Le néant, même pas la douleur. Tout est allé trop vite, je ne réalise pas. Je sens le bitume se ramollir sous mon corps meurtris et me brûler le dos, je sens un souffle qui s’approche, qui grossit, et ma peau me brûle, cloque et s’enflamme. Les murs s’écroulent, le feu m’atteint.


Le 14 juillet 2034, en représailles aux bombardements massifs européens du 13 juillet, Berlin, Varsovie, Prague, Paris, Hanovre et Lódz sont bombardées par des missiles nucléaires de 80 mégatonnes. C’est le début de la Première Guerre Nucléaire.


T'inquiète pas Charlotte, je raconte pas la toute toute fin du tome 3 Smile Y aura des surprises Cool


Dernière édition par le Sam 20 Oct - 19:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 14 juillet   Sam 4 Aoû - 20:15

Eh ben moi, j'adore ^^ Comme toujours. Même si la permière personne fait bizarre, venant de toi. Mais l'ambiance de CDG est bien là, en tout cas
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MessageSujet: Re: 14 juillet   Ven 23 Nov - 23:44

Histoire d'animer ton forum ( et plus sournoisement de vérifier si tu y jettes des coups d'oeil réguliers ^^ ) et comme je ne te croise guère sur le net, je dépose une autre vignette ! Je ne sais plus si tu as lu Uchroniae (EDIT - j'ai procdé à des changements de titres, Uchrniae reprend le nom Europae et Europae devient, euh, j'ai pas encore trouvé ^^) j'espère que dans le cas contraire on comprend quand même... C'est une vignette qui se déroule deux ans après le Millenium Crash et la Fédération et je préviens que la réflexion n'est absolument pas subtile ( en même temps je m'étais fixé 3 pages et j'ai dépassé un peu Neutral ) Enfin avant ta lecture saches que tu receveras une version imprimée/reliée du 3 pour Noël ^^ Cool promis ! Donc voilà la vignette : Les Lois de Sûreté.

Recueils de Guerre

Les Lois de Sûreté


Rotterdam, 11 décembre 2008.

Je m’appelle Pieter Oppenordt, et je ne sais pas comment me présenter. Hollandais ? Plus maintenant. Européen ? J’ai encore du mal à me faire à cette idée… Tout est allé si vite, en deux ans ! D’abord le Krach, puis la Fédération… Aujourd’hui je mène ma petite vie dans la ville du port le plus important de la planète. Je viens à peine d’être embauché dans un bureau de l’Education Nationale Européenne, mon goût pour les langues a fait de moi un atout appréciable dans le cabinet de la culture unique. Le Parlement a voté la loi sur la nouvelle langue européenne, et nous sommes des centaines de professeurs ès Lettres et spécialistes européens de linguistique à plancher sur le projet. Si l’anglais reste une base solide, nous avons ordre de l’enrichir de vocabulaire européen et de simplifier la grammaire au maximum. Si tout se passe bien, dans cinq ans les milliers de premiers professeurs de cette langue qui n’a pas encore de nom donneront leurs premiers cours au plus jeune âge, et la prochaine génération parlera cette même langue d’un bout à l’autre de l’Europe. Fantastique ? Mais tellement rapide…

Je reviens d’ailleurs du bureau, il est tard et j’ai hâte de rentrer manger un morceau ! Les quais du Rhin sont agréables aujourd’hui, malgré le froid mordant et sec. Pas trop de vent, pas trop de monde… Il y a encore six mois je ne m’y serais pas risqué à cette heure là, les détrousseurs sont prêts à tout pour voler le moindre euro, une cigarette, un petit pain… Eux et les pillards ont fait des rues de vrais coupe-gorge, les magasins se sont barricadés en coffre-forts pour éviter les braquages. Enfin, c’était comme ça depuis 2006, aujourd’hui les choses ont changé…

La raison de ce changement vient d’ailleurs à ma rencontre : des Commandos du Maintien de l’Ordre. Après un rapide contrôle d’identité – ma carte du bureau accélérant la procédure – les cinq hommes poursuivent leur ronde à l’affût des détrousseurs. Moi je marche comme d’habitude jusqu’à la vieille épicerie où j’achète mon lait deux fois pas semaine. Le tenancier est un gars sympa, un Belge rieur et attachant. La première fois où je l’ai vu sans son éternel sourire, c’était le jour où des membres cagoulés de Mouvement Athée ont placardé sa devanture d’affiches injurieuses avec, en grand, la mention de « Pratiquant ». Oui, le grand malheur de cet homme c’est d’être catholique. Depuis, larcins et menacent sont devenus monnaie courante, il songe à passer la main et vendre l’épicerie. C’est dommage, il lui suffirait juste d’apostasier…
A quelques centaines de mètres se trouve la petite chapelle du quartier. Tagguée, les façades couvertes de peinture, et la porte condamnée de planches clouées par les CMO depuis trois semaines. Les agressions à la sortie de la messe causaient trop de troubles dans le quartier, on a tout fermé par précaution. Le curé et quelques fidèles avaient bien tenté de l’empêcher, mais les CMO ne sont pas du genre à faiblir devant des mystiques fanatiques. Tous ont été maîtrisés, traînés sur le béton jusqu’à la camionnette et arrêtés, le curé est en prison, et le soir les rues sont calmes, de nouveau. On a évité d’en venir à l’incendie, comme dans certaines villes européennes. Apparemment Mouvement Athée a une branche radicale qui brûle églises, mosquées et synagogues. Les CMO ont du mal à les arrêter, ai-je entendu à la radio. Personnellement je n’ai jamais vraiment eu de croyances religieuses, et quand je vois où elles nous ont menés, je trouve ça pas plus mal. Mais maintenant que les pratiquants se font de plus en plus rares, j’adhère à l’idée d’utiliser la place qu’occupent ces églises et ces mosquées pour les rendre vraiment utiles. Pour la jeunesse par exemple !

C’est étrange, un brouhaha me parvient d’un pâté d’immeubles plus loin… Curieux et attiré par le bruit je presse le pas. Des gens sont penchés aux fenêtres, ils ont entendu aussi, certains sont sortis de chez eux et n’ont pas fini de mettre leur veste quand la porte de la façade se referme lourdement derrière eux. Je sens dans l’air une excitation malsaine et je me rends compte que, perdu dans mes pensées, je n’avais pas remarqué la foule au coin de la rue. Alors qu’il me reste deux cent mètres à parcourir, je sursaute au passage d’un lourd engin blindé peint d’un bleu profond. Les étoiles et la rose des vents sur la carlingue et le blason des CMO. Six mois que ce nouveau corps sécuritaire épaule les polices nationales des Régions d’Europe. Composé des policiers d’élite de chaque Région, ces Commandos du Maintien de l’Ordre ont été conçus pour ramener la sécurité dans les rues suites aux Lois de Sûreté votées au Parlement. Leur uniforme bleu sombre porte le blason européen aux étoiles et à la rose des vents sur les épaules, et ils tiennent – en plus du pistolet automatique à leur ceinture, des armes plus massives tirant des balles de caoutchouc et des électrochocs. La violence dans les rues a chuté vertigineusement – et je ne m’en plains pas !

Vu le déploiement, aujourd’hui quelque chose de grave doit se passer ! Je presse donc le pas, piqué au vif. Le véhicule blindé ressemble à un petit char sans canon aux chenilles remplacées par six roues, c’est normalement un appareil militaire, je crois, mais je ne connais pas son nom. Une camionnette bleue me dépasse également tandis que le blindé fend la foule au tournant. Lorsque j’y arrive, je joue des coudes pour m’enfoncer dans la masse et rejoindre le premier rang malgré les insultes et les jurons. Tout le monde semble attendre impatiemment quelque chose, leur haleine se condense en des halos blancs.

Arrivé sur place, je comprends tout. La foule se presse déjà dans cette rue très spéciale : Les CMO débarquent à l’office secret.

Beaucoup de voisins du quartier s’y rendent, c’est une cave aménagée pour célébrer les cultes de toutes confessions, même si ça a nécessité des compromis douteux. Tout le monde est au courant, mais personne ne dit rien. Même pas mon voisin du dessous, crachant tous les jours sur ces « fanatiques religieux » et ces « oiseaux de malheur ». Du moment qu’ils restent cachés, ils n’amèneront pas la violence de Mouvement Athée jusque chez nous… Après ces quelques années de misère et d’insécurité, on aimerait bien profiter de l’accalmie des choses.

Les policiers d’élite s’activent et forment un cordon de sécurité qui bloque la foule tandis que des CMO se déploient armes à la main. L’immeuble est terne et gris, sa façade est fortement attaquée par le temps. Il n’y a qu’une issue, et elle est bloquée désormais. Je me demande bien s’il y a au moins quelqu’un de suspect là-dedans. Les CMO semblent prêts à intervenir, ils mettent des masques à gaz sur leur visage, deux hommes portent un petit bélier, deux autres ouvrent la porte principale, une équipe entière s’y engouffre, suivie du bélier et d’une nouvelle escouade. Tout ça pour un squat ? Je ne peux m’empêcher de penser à la polémique engendrée par les médias lors de leur entrée en service: émeutes écrasées, pilleurs molestés sans vergogne, descentes musclées dans les squats. Cette politique est peut-être violente, mais elle nous assure efficacement la paix et la sécurité. Plutôt ces voleurs cupides que moi ! Evidemment, certains parlent d’autoritarisme, mais il faut faire la part des choses ! Ç’aurait été l’armée, d’accord, mais là, il ne faut pas exagérer…
Les minutes passent, la foule pourtant grisée et impatiente est silencieuse, elle retient son souffle. Lorsque la porte s’ouvre doucement, un soupir de déception fait frissonner la population avide de sensationnel. Une famille sort accompagnée d’un CMO. La mère ferme les blousons de ses enfants pour les protéger du froid, le père reçoit des instructions et emmène tout le monde à part, derrière un cordon de sécurité. Cela se reproduit deux fois. Mais au bout de dix minutes, on entend des éclats de voix étouffés, des cris agressifs, et soudain, une première détonation !

Excité par l’impatience ambiante, je me surprends à guetter les fenêtres. J’attends de voir si ce qu’on dit sur les CMO est vrai, je veux voir et savoir ! Mais je me ressaisis, on n’est pas dans un show télévisé ! Une fenêtre explose justement au quatrième et dernier étage, et vomit des fumerolles écœurantes de fumigènes. Une silhouette tente de prendre une goulée d’air mais elle est brusquement tirée vers l’intérieur. La fenêtre d’à côté se brise à son tour et j’entends plus distinctement les sommations et les ordres beuglés par les CMO. Des tirs éclatent. Je me mordille la lèvre inférieure sans détourner mon attention. La porte en bois s’ouvre alors brutalement : deux CMO traînent par le pied un homme d’une trentaine d’année et une femme à peine plus jeune. Les deux civils sont couverts d’ecchymoses et de sang, et sont tellement sonnés qu’ils ne parviennent plus à résister. En quelques secondes, ils sont projetés dans une fourgonnette blindée.

Le spectacle semble ravir l’assistance ! Malgré le secret de polichinelle qui lie tout le quartier sur cet office secret, tout le monde n’approuve pas la situation. Le problème c’est que ces offices secrets ont attiré d’autres gens, des squatters certainement, des pillards à la mauvaise conscience. Ils apportent des produits du marché noir, encens, hosties, exemplaires du Coran désormais interdit par les lois pour l’ultra laïcité de l’Europe. Ce qui a fait jurisprudence, et des émules dans le monde entier dont les regards sont braqués sur nous. Mais ce phénomène-ci, si étrange, semble particulier aux Etats Unis d’Europe. Les parias de tous genres se regroupent en secrets pour des raisons obscures et sans doute malhonnêtes. Après tout je m’en fiche, bientôt ils n’en restera plus aucun dans les rues !

Un cri d’effroi jaillit autour de moi et je lève les yeux : Un jeune homme est acculé à une des fenêtres cassées, il tient quelque chose dans sa main, je dirais une arme sans en être sûr. Il jette un regard désespéré vers le sol et fait mine d’enjamber l’encadrement, mais une détonation m’arrache un cri de stupeur ! L’homme s’effondre en arrière et je le vois déjà s’étaler quatre étages plus bas, mais finalement il disparaît dans la pièce et j’entends une seconde puis une troisième détonation. Quelques secondes d’angoisse, et la tête d’un CMO apparaît et il retire son masque à gaz pour crier :

« Ils sont dans la cave ! »

Aussitôt un nouveau groupe de six policiers d’élite se met en mouvement et je le regarde entrer dans l’immeuble avec un vague sentiment de nausée mêlé de frayeur. Je ne peux pas détacher mon regard de la scène sans oser même imaginer ce qui se passe là-dedans ! Alors que la porte se referme j’aperçois rapidement les deux hommes au bélier qui s’engouffre dans l’escalier de la cave. Ils ont mis des masques à gaz, eux aussi. Autour de moi la foule est au bord de l’hystérie, les commentaires pleuvent, des sifflets d’encouragement et des exhortations fusent.
Encore des bruits sourds, un fracas de métal froissé et des cris – des cris odieux qui me retournent l’estomac. Au bout de dix minutes – peut-être moins – les premiers CMO remontent à la surface en traînant des corps inanimés par les aisselles ou même par le bras et la jambe. Soudain, un rugissement et un bruit de lutte ! Un jeune homme, la vingtaine, jaillit de la porte et se met à courir comme un dératé – réflexe futile, il n’a aucune chance – alors que deux policiers bondissent sur sa trace. Comment s’est-il libéré ? Je ne sais pas et ma respiration s’arrête ! Il doit croire qu’il sera éclipsé par la foule et sprinte vers nous. J’entends alors un homme costaud gronder « Choppez-le ! Faut pas qu’il s’échappe ! » Le fuyard réalise qu’il y a un cordon de CMO entre lui et la liberté et hésite une fraction de seconde, je lis dans son regard qu’il a perdu tout espoir. A cette vision mon cœur se serre de compassion. Déloger un squatter quoi de plus normal ? Mais le voir de ses yeux, c’est autre chose.

Le jeune homme jette un regard derrière lui et reçoit en plein visage l’électrochoc d’un CMO. Je détourne le regard de ses convulsions. J’en ai trop vu pour aujourd’hui. Je veux me dégager mais la foule avide est si compacte que je ne peux même pas me retourner. Forcé de subir cette vision infâme, je serre les dents. Le garçon est maintenant au sol, son nez saigne abondamment. Encore une nausée. Les policiers sortent, une à une, une quinzaine de personnes, toutes inertes et flasques, et une pensée morbide s’empare de moi : et si, dans ces corps désarticulés qu’on traîne devant moi comme du bétail d’abattoir, il y avait… des morts ? Tous sont couverts de sang, nez brisé ou coupures. Impossible de faire la différence. Horrifié, je distingue dans ces victimes des femmes et un vieil homme en robe de curé. Heureusement, pas d’enfants. De la cave me parvient un vacarme de saccage, deux camionnettes pleines de corps démarrent et lancent leur sirène stridente pour ouvrir la foule et retourner à la caserne. Les CMO regagnent les fourgons et le blindé avec sècheresse et professionnalisme. Sur les visages de ceux qui ont enlevé leur masque, je ne lis ni lassitude ni remords. Ni plaisir ou satisfaction, d’ailleurs. Juste un regard qui croise le mien par hasard.

« C’est fini » semble-t-il me dire.

Le policier me regarde quelques secondes puis se détourne de moi pour grimper à bord du véhicule blindé, le masque à gaz accroché au ceinturon. Le cordon se relâche et les CMO donnent l’ordre de se disperser – je n’attends que ça ! Mais les gens se tordent le cou pour tenter en vain de saisir une dernière image sensationnelle, comme s’ils en voulaient encore. Certains ont dû reconnaître des amis, des voisins, mais aucun n’ose en faire la remarque. Voyant que la foule reste statique, le capitaine des CMO – du moins je le suppose au grade qu’il porte à l’épaule droite – a dû avoir la même pensée que moi car il s’approche des civils et demande d’une voix forte :
« Personne n’a rien vu ? Personne ne savait ? Donnez-moi vos noms, on va vérifier tout ça ! » Aussitôt la masse terrifiée se disloque et les gens se pressent de rentrer. Le capitaine semble satisfait et se détourne des spectateurs sans prendre un seul nom. Encore une fois, personne n’en fait la remarque. Pourtant je n’ose partir maintenant que l’étau s’est desserré. Je respire à nouveau librement et les dernières images se télescopent dans mon esprit. Je distingue alors une personne qui serre la main au capitaine. Ce-dernier conserve son expression de satisfaction et comme sa voix est forte, je crois distinguer un « Merci de votre collaboration ». Repris par la curiosité, je plisse les yeux pour percer le groupe de policiers qui range le matériel. Et je le reconnais, son embonpoint, son visage arrondi et un réel soulagement dans le regard. L’épicier belge.

« Circulez, monsieur » me dit alors un CMO en s’interposant entre, moi et ma vision. « Circulez où je prends votre nom ! » Je hoche bravement la tête pour éviter les dégâts et me retourne rapidement. Derrière moi le blindé s’ébranle et j’accélère le pas pour rentrer chez moi.
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